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https://www.lefigaro.fr/politique/free-france-slogans-bleu-blanc-rouge-la-guerre-des-murs-contre-l-ultragauche-20260116 Accueil Politique Réservé aux abonnés «Free France», slogans bleu-blanc-rouge : la guerre des murs contre l’ultragauche Par Nadjet Cherigui et Jeremy Garamond, pour Le Figaro Magazine Le 16 janvier 2026 à 11h00 Sujets gauche république Plus que de simples graffs, le collectif veut faire passer des messages défendant les valeurs républicaines. Plus que de simples graffs, le collectif veut faire passer des messages défendant les valeurs républicaines. Plus que de simples graffs, le collectif veut faire passer des messages défendant les valeurs républicaines. Jeremy N. Garamond / JEREMY GARAMOND pour Le Figaro REPORTAGE - Dans le silence de la nuit, un collectif anonyme recouvre les murs tagués par l’ultragauche de bleu-blanc-rouge, d’autocollants « Free France »en réponse à Free Gaza. Ces militants entendent reconquérir l’espace public, défendre la laïcité et la liberté. Passer la publicité Il est minuit passé de quarante-cinq minutes quand ils commencent à échanger des messages et leurs positions respectives. Prudents, ils ne communiquent que par pseudos. Ils s’appellent Pravda, PommeZ, Frida Culot, Rosa Pétard, Chocolatine, etc. Deux autres alias, La Goulue et Yawp, sont, eux, les premiers arrivés sur les lieux. Les capuches relevées et les bonnets bien enfoncés sur la tête servent autant à braver la froideur hivernale qu’à dissimuler les visages. Le reste du groupe ne tarde pas à les rejoindre. Sans perdre de temps, ils ouvrent les sacs pour sortir le matériel nécessaire à cette opération nocturne et clandestine. Dès lors que le top départ est donné, les gestes millimétrés se font vifs, efficaces. Aucun mot n’est échangé. Chacun sait où il doit se positionner et ce qu’il doit faire. Les lieux ont été repérés en amont, ils connaissent les murs, l’emplacement des angles morts, des caméras de surveillance et savent tous qu’ils doivent tenir un timing serré, particulièrement ce soir, car ce quartier de la banlieue parisienne où ils ont décidé d’opérer est sensible. Ddrapeau tricolore et messages républicains. JEREMY GARAMOND pour Le Figaro Message républicain Leur cible ? Une fresque monumentale représentant un drapeau palestinien et le slogan « Free Gaza » apposés sur un mur de grande hauteur. En quelques minutes, ils les ont recouverts d’un drapeau bleu-blanc-rouge et d’un autocollant où l’on peut lire « Free France ». Un anglicisme qui est à la fois leur slogan et le nom de leur collectif. Cette formule est pour eux un pied de nez à la mouvance d’extrême gauche. Ils insistent pour expliquer qu’ils ne visent pas les Palestiniens qui souffrent encore des conséquences de la guerre entre Israël et le Hamas, mais bien « ces islamo-gauchistes » qui, selon eux, instrumentalisent le conflit et l’importent dans l’Hexagone tout en œuvrant à « diffuser une détestation de la France ». » LIRE AUSSI - Défenseur de l’autonomie des universités, pourfendeur des dérives islamo-gauchistes... Qui est Patrick Hetzel, nouveau ministre de l’Enseignement supérieur? Depuis des mois, les membres de Free France ont commencé une guerre visuelle à bas bruit, dans le silence de la nuit, à coups de peinture, de feutre, de frénétiques campagnes de collage de stickers. Ils détournent avec humour des fresques, recouvrent des slogans. « On prend le sujet très au sérieux sans se prendre au sérieux ! s’exclament-ils. Le combat sans la joie, ce n’est pas possible. Sans cela, on ne pourrait pas tenir ! Mais surtout, ce que l’on fait n’est pas juste une petite guerre de graffs dans la rue : il y a une véritable démarche intellectuelle et politique derrière ce geste. On ne replante pas juste un drapeau. On replante un imaginaire. On est confrontés à un enjeu presque existentiel pour la société. Sous nos yeux, quelque chose est en train de dévorer progressivement nos territoires, nos enfants, nos principes républicains, notre socle commun, comme une rouille qui gagne. Nous, adultes, avons déjà fait une partie de notre vie et nous avons les épaules pour avancer. Ce que nous refusons, c’est de porter une dette morale vis-à-vis de nos enfants et de découvrir, dans vingt ans, qu’ils n’auront plus le choix : qu’ils devront par exemple se plier à des normes alimentaires imposées, vivre dans une autocensure permanente, et que la liberté de conscience aura quasiment disparu, grignotée au nom d’une bonne conscience moralisatrice. » Pendant des années, ils sont venus sur notre terrain. Aujourd’hui, on décide d’aller sur le leur La Goulue Alors ils assument et recouvrent les murs estampillés « Free Gaza ». « Dès que tu fais ça, tu deviens facho pour ces militants de l’extrême gauche. Nous sommes précisément le contraire », ironise La Goulue. Avec cette stratégie assumée, il s’agit de faire un « effet miroir » en reprenant les codes de l’ultragauche, sa sémantique, ses méthodes, sa logique de nébuleuse. « Ils appellent ça la convergence des luttes. Nous aussi, s’amusent-ils. Pendant des années, ils sont venus sur notre terrain. Aujourd’hui, on décide d’aller sur le leur, mais pour mettre la République et le drapeau tricolore au centre. Ils ont réussi à le diaboliser. Nous le travaillons avec des couleurs, du design, des codes de la jeunesse pour se le réapproprier et faire que le patriotisme devienne désirable. L’esthétique est pensée pour les 18-35 ans, notre cœur de cible sur les réseaux. » Liberté, j’écris ton nom Dans le groupe, il n’y a ni chef, ni tribuns. Ils forment un collectif, ou plutôt deux : Tous résistants et Free France. Ils refusent d’en dire plus. Pas de visages, pas de noms, pas de porte-parole. Leur signature, pourtant, commence à être connue. Le nombre de leurs effectifs n’est pas révélé. Ce sont des femmes et des hommes de tous âges. Certains ont milité toute leur vie, à droite comme à gauche. D’autres racontent n’avoir jamais collé une affiche avant cela. Le collectif fonctionne sans hiérarchie officielle, sans président ni bureau. Mais ils revendiquent une exigence forte : « Pas d’agenda politique », lâche sans détour La Goulue. Ce refus de la personnalisation est central. « Dans tous les groupes militants, il y a toujours un moment où quelqu’un pense à son avenir politique. Ici, c’est non. » Cette absence de hiérarchisation est aussi une protection. Il n’existe pas de fichier, de liste ou de chaîne de commandement. La discipline et l’engagement républicain se veulent le ciment solide de l’organisation. Les cibles sont systématiquement repérées en amont et cartographiées. JEREMY GARAMOND pour Le Figaro Sur le compte Instagram de Free France, chaque semaine, sont publiés régulièrement les portraits de figures républicaines comme Zola, Camus, Jean Zay. Avec l’aide de l’intelligence artificielle, ces personnalités disparues regardent droit dans les yeux en exprimant des citations mises en perspective avec l’actualité. Elles véhiculent, chaque fois, une réflexion et les valeurs d’une République pensée, incarnée, transmise. « Nos actions, intervient La Goulue, commencent à être visibles dans l’espace public mais aussi sur les réseaux sociaux. Comme nous sommes complètement anonymes, certains fantasment sur notre identité et s’imaginent que nous sommes une bande de jeunes fachos d’extrême droite… Nous sommes tout sauf ça ! » Effectivement, les profils sont hétéroclites. Ils sont cadres supérieurs, issus de classes populaires ou habitent des quartiers huppés de la capitale. Certains ont milité toute leur vie. D’autres, racontent-ils, « promenaient leur chihuahua dans le 16e arrondissement, et puis le 7 Octobre a bousculé et fait vaciller leurs certitudes ». Cette date intervient comme un point de rupture. « Ce n’est pas seulement l’attaque et les massacres. C’est ce qui a suivi. Les réactions. Les silences. Les justifications. » Pour beaucoup, ce jour-là marque une prise de conscience brutale : les valeurs de la République, qu’ils croyaient partagées, ne l’étaient plus. « On s’est rendu compte que ce qu’on croyait acquis, ces valeurs, la République, la laïcité, ne l’était plus. » Dans la nuit du 6 au 7 janvier, le collectif a collé des portraits des dessinateurs de la rédaction de « Charlie Hebdo » tués par des islamistes. JEREMY GARAMOND pour Le Figaro Tous travaillent et chacun finance la logistique nécessaire aux opérations à hauteur de ses moyens. « Cela coûte cher, les bombes de peinture, affirment-ils, et quand une action nécessite plusieurs centaines d’euros, il y en a toujours un pour la prendre en charge discrètement, sans ostentation et avec élégance. » Des profils loin des extrêmes Ce qui les lie ? Une intuition commune : la rue a changé de camp. Et l’abandonner serait une faute. Le collectif assume une stratégie de reconquête de cet espace public, pensé comme un terrain politique à part entière. Pour eux, l’ultragauche a pris l’avantage en occupant le pavé sans scrupule, avec agressivité, en taguant, avec des stickers, des fresques. Et c’est précisément cette culture de la transgression qu’ils veulent détourner à leur profit. Ils cherchent donc à importer ces codes dans des milieux qu’ils qualifient de républicains, eux qui, au départ, n’osaient même pas « repeindre un mur », afin que chacun puisse agir concrètement, à son échelle, dans l’espace public. Notre initiative incite à reprendre la rue, les murs, les places, les ponts, les carrefours. Les murs parlent. À nous d’y raconter l’histoire Yawp Cette « guerre des murs » devient la traduction de leur mot d’ordre : ne plus laisser seuls, dans la rue, les messages adverses, mais répondre systématiquement par leurs propres signes bleu-blanc-rouge avec des messages républicains et laïcs. Leurs actions ciblées en région parisienne ont fait des émules sur tout le territoire. Des autocollants apparaissent à Marseille, en Bretagne, dans les Vosges, en Savoie, etc. Les actions sont partagées sur les réseaux sociaux. « On a vendu près de 100 000 stickers, les gens s’emparent de l’idée, font la même chose à côté de chez eux. Certains sont même allés jusqu’à repeindre en tricolore des portes d’immeubles lorsque aux fenêtres sont repérés des drapeaux palestiniens. » Le groupe éclectique socialement et politiquement reste très secret sur l’identité de ses membres. JEREMY GARAMOND pour Le Figaro « Notre initiative incite, dit Yawp, à reprendre la rue, les murs, les places, les ponts, les carrefours. Les murs parlent. À nous d’y raconter l’histoire. » En ce début d’année, le collectif a lancé une opération délicate. La nuit du 6 au 7 janvier, dix ans après l’attentat contre Charlie Hebdo, ils ont collé sur des palissades des portraits géants des membres de la rédaction assassinés. « Nous avons voulu les montrer à taille humaine pour marquer leur présence et donner l’impression de croiser ces journalistes dans la rue. » Et faire honneur à ceux qui sont tombés pour défendre les valeurs de la République, de liberté d’expression et de laïcité. https://www.lefigaro.fr/politique/free-france-slogans-bleu-blanc-rouge-la-guerre-des-murs-contre-l-ultragauche-20260116
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